Pourquoi nous ne pouvons pas avoir cette chirurgie qui change le cours d’une vie à Montréal ?

2018-07-20

À l’âge de 56 ans, j’ai reçu un implant cochléaire et le cours de ma vie a changé de façon spectaculaire. Maintenant, dans mon quatrième mandat à la mairie, je fais quelque chose que j’aime.

BILL STEINBERG, SPÉCIAL AU MONTREAL GAZETTE Mis à jour : le 19 juillet 2018
Veuillez trouver plus bas la traduction de l’article :

Helen Keller, aveugle et sourde, a dit :

« La cécité sépare les gens des choses; la surdité les sépare des gens. »

Cette citation illustre bien les défis auxquels font face les personnes sourdes ou dont l’ouïe est gravement altérée. Je le sais, je suis né avec une déficience auditive sévère qui mena finalement à une surdité profonde. Puis en 2004, à l’âge de 56 ans, j’ai reçu un implant cochléaire (IC) et le cours de ma vie a changé de façon spectaculaire. Je pouvais entendre, et j’ai utilisé cette nouvelle capacité pour me présenter comme maire de la Ville de Hampstead. J’ai passé six mois à faire du porte-à-porte et à rencontrer les gens et je remplis maintenant mon quatrième mandat à la mairie, à faire ce que j’aime.

Dans toute la province de Québec, la chirurgie d’implant cochléaire n’est pratiquée que dans la Ville de Québec. Peu de temps après mon élection, un groupe d’excellents médecins ont communiqué avec moi pour me demander de les aider à faire bouger les choses pour que la chirurgie puisse se faire aussi à Montréal, en plus de Québec. Nous travaillons sur le projet depuis plus de dix ans, sans succès. Il y a environ huit mois, nous avons eu une rencontre avec le ministre Barrette; il a promis de nous revenir rapidement, mais aux dernières nouvelles il est toujours « en réflexion ».

Réfléchissons ensemble aux raisons pour lesquelles la chirurgie devrait se faire à Montréal et à Québec :

1. Le gouvernement a comme politique de fournir des services médicaux à proximité du lieu de résidence des patients. De 60 à 80 % de la population habite plus près de Montréal que de Québec. L’Ontario, avec une population similaire, dispose de cinq centres.

2. Les candidats à la chirurgie ne peuvent pas toujours aller à Québec à cause d’obligations familiales ou liées au travail. Dans d’autres cas, ils craignent d’être loin de leur groupe de soutien. Même pour ceux qui le font, il y a des difficultés sur les plans financier et émotionnel. Franchement, il est cruel de soumettre ces gens à des fardeaux additionnels, surtout quand ils doivent subir une intervention chirurgicale majeure.

3. Il n’y aurait aucun coût additionnel. Nous demandons seulement un transfert de la proportion appropriée de financement, pas une augmentation. En fait, cela entraînera des économies en éliminant les dédoublements de services, puisqu’en ce moment les consultations et les tests sont donnés aux candidats à Montréal et ensuite à Québec. De plus, ceux qui vont à Québec se font rembourser une petite partie de leurs dépenses par la province.

4. Les temps d’attente à Québec diminueront. S’il y a plus de chirurgiens pour faire la chirurgie, cela veut dire une attente moins longue pour tous.

5. Montréal a déjà des chirurgiens formés pour l’intervention, ainsi que des audiologistes qui savent comment programmer le dispositif utilisé avec l’implant. Une fois autorisé par Québec, un programme d’implant cochléaire pourrait être mis en place très rapidement.

6. Les écoles de médecine doivent donner la formation sur les implants cochléaires pour être agréées. Et pourtant Montréal, avec ses facultés de médecine parmi les meilleures, est la seule grande ville au monde où les écoles de médecine ne peuvent le faire.

7. En cas de complications après la chirurgie, les patients doivent retourner à Québec et il est même déjà arrivé que le chirurgien de Québec ait dû se rendre de toute urgence à Montréal pour opérer à 1 h du matin. C’est insensé et dangereux. Devons-nous attendre le décès d’un patient avant que le gouvernement permette à Montréal de réaliser la chirurgie d’implant cochléaire ?

Certains lecteurs pourraient croire que ceci ne les concerne pas, mais ce n’est pas le cas. Helen Keller n’était pas sourde ni aveugle à la naissance. Elle a perdu le sens de l’ouïe et la vue en raison d’une maladie à l’âge de 19 mois. Vous ou un de vos proches pourrait devenir complètement sourd à tout âge et seule une chirurgie de l’IC permet d’entendre à nouveau. De plus, la plupart des personnes sourdes sont sans emploi ou sous employées. Avec un implant, vous aurez un meilleur salaire et les recettes fiscales supplémentaires paieront pour la chirurgie. Le gouvernement doit considérer l’offre de la chirurgie de l’IC à Montréal comme un investissement au moins aussi important que le transport collectif, mais sans coûts additionnels.

Bill Steinberg est maire de la Ville de Hampstead et président de l’Association des récipiendaires d’implants cochléaires. Pour plus d’information sur le sujet, consultez www.cochlearimplant.ca.


Cordialement,


Dr. Bill Steinberg
Maire, Ville de Hampstead